Extraits choisis

« En réponse, elle reçut une retentissante gifle, de revers, une mornifle venant de travers, de la main endurcie, de celle qui fait mal, de celle qui fait tomber à terre. Elle eut mal, elle est tombée à terre.  »

« Il allait souvent chasser dans les bois et forêts dans les environs de Rumilly, là où les hêtres et épicéas cohabitent en parfaite harmonie ».

« Pour le reste, ce n’était pas une flèche. Loin de là. Un vaste courant d’air traversait ses deux oreilles, il avait de la fuite dans ses idées. C’était un petit con, certes, mais un petit con dangereux ».

« Près du pont des Amours, il ralentit le pas. La promenade était un de ses grands loisirs et il lui plaisait de voir les cygnes et canards glisser sur le lac. En toutes saisons, il lui prenait l’envie se balader le long du Thiou, de se poser, pour prendre un verre dans la partie ancienne de la ville, d’entrer se ressourcer dans des lieux de culte, l’austère cathédrale et surtout Notre Dame des Liesses à la clarté lumineuse lorsque le ciel avec ses humeurs changeantes voulait bien s’y prêter. Il n’était pas croyant, mais pour autant il cherchait de l’apaisement, il aimait prendre son temps. »

« Cette nuit-là, la lune était belle et brillante, comme transparente, presque nue. »

« Cela s’appelle un coup de foudre. Une pluie d’étincelles. Il ne manquait que le grondement du tonnerre.
L’avait-elle seulement remarqué ? Avait-elle eu un regard fuyant ? Était-elle libre ? Il n’en savait rien. Il espérait qu’elle se poserait sur un banc sur lequel il pourrait se frôler à elle. Il lui faudrait alors causer. Causer des choses ordinaires, du temps, de la guerre et des mauvais moments, du difficile rationnement. Mais, après, il lui faudrait passer à d’autres choses, plus intimes, plus sérieuses, celles qui parlent de sentiments, celles qu’on lit dans les romans, et lui faire comprendre qu’on est pour le moins troublé par l’allure, la prestance, la beauté, bref, faire une déclaration. »

« Le brillant caporal italien, bien que marié, et sans tromper sa femme, aime séduire. C’est un voleur de baisers. Rien de plus. Il porte beau. Par ailleurs, il est un cavalier émérite très doué dans les concours hippiques. Il était fier d’avoir remporté des trophées à Novare et Rivoli. Il ne manquait pas d’élégance et était cultivé. Il était passionné de lecture italienne, des classiques, Dante bien sûr mais aussi Gabriele D’Annunzio, Pirandello et tant d’autres. »

« Paula se résigna à ouvrir la porte. Il était déjà onze heures du matin, et cependant elle se présentait en chemise de nuit. Elle était suivie d’un petit chat qui à l’apparition de Pollier préféra s’enfuir. L’inspecteur ne put s’empêcher de dire à Paula :
— Votre minou est mignon, mais bien farouche.
— En fait Fanou est une chatte. Elle a été maltraitée par certains clients et n’aime pas les intrusions. »

« Ils étaient tellement impatients, tellement pressés, qu’ils avaient du mal à se déshabiller.
Il se plongea dans son corps, dans son ventre, dans son intimité.
Elle le reçut dans son être, dans son flanc, dans sa chair. »

« Après les obsèques, il se rendit compte qu’il n’avait plus personne à qui ne pas parler »

« Jeanne était une jolie femme de vingt-huit ans, très éprise de son compagnon. Elle avait un visage comme sculpté par le vent, digne d’un portrait de Dora Maar.
Elle aurait pu avoir un visage tendre et ovale peint par Modigliani, mais non, c’était un Picasso.  »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rue Perrière Annecy 1943 Jean-Charles Gautheron éditions Maïa